TRIBUNE: Labellisation de l’information : pourquoi la vérité factuelle ne suffit plus face aux crises informationnelles
La labellisation de l’information ne suffit pas à contrer la désinformation. Analyse des limites cognitives, algorithmiques et stratégiques, et des enseignements clés pour la communication de crise des entreprises. Cette analyse prolonge une lecture opérationnelle, orientée communication de crise, gestion du risque réputationnel et résilience informationnelle des entreprises.
La bataille pour la vérité a changé de nature
La désinformation contemporaine ne repose plus uniquement sur des faits faux, mais sur des récits émotionnels puissants, capables de structurer durablement les perceptions. Les sciences cognitives le démontrent : même après un démenti formel, une information erronée persiste dans 30 à 50 % des raisonnements, faute d’explication de remplacement.
L’inertie cognitive : un angle mort des stratégies classiques
Un biais central se manifeste alors clairement : l’inertie cognitive du mensonge. Face à un démenti, l’esprit humain tend à conserver une explication erronée plutôt qu’à accepter un vide narratif. Dans un environnement dominé par des algorithmes favorisant la viralité émotionnelle (X, TikTok, etc.),
👉 les contenus rationnels perdent mécaniquement face aux récits mobilisateurs.
Pour une entreprise confrontée à une attaque informationnelle, cela implique un changement de paradigme :
corriger n’est pas suffisant,
il faut proposer un récit alternatif crédible et structurant.
Le risque d’une labellisation perçue comme “vérité officielle”
La labellisation étatique de l’information, si elle vise à restaurer la confiance, comporte un risque paradoxal dans une société de défiance verticale. Pour les publics les plus exposés au complotisme :
un label public peut devenir un signe de disqualification,
voire renforcer la croyance en une « vérité officielle ».
👉 Pour les organisations privées, cela rappelle une réalité clé : la crédibilité ne se décrète pas, elle se construit — notamment par la transparence des processus, la cohérence des messages et la constance des preuves.
Démocratie informationnelle et fracture des récits
Un risque structurel émerge : l’installation progressive d’une démocratie à deux vitesses :
d’un côté, un espace informationnel labellisé, rationnel mais élitiste ;
de l’autre, une jungle algorithmique gratuite, émotionnelle et virale.
Pour les entreprises, cette fracture se traduit par :
une exposition accrue aux campagnes de désinformation,
une perte de maîtrise du récit public,
une accélération des crises réputationnelles.
Enjeux opérationnels pour les entreprises
Dans ce contexte, une stratégie efficace de communication de crise repose sur cinq piliers :
Anticipation : détection des signaux faibles avant l’explosion médiatique
Compréhension cognitive : analyser comment un récit s’ancre, pas seulement s’il est faux
Narration de remplacement : proposer des contre-récits clairs, émotionnellement robustes
Gouvernance informationnelle : coordination communication, juridique, dirigeants
Traçabilité et preuves : démontrer, documenter, expliquer — sans technicisme excessif
👉 La vérité doit devenir narrative, sans renoncer à l’exactitude.
Aymeric Granet est le président d’Angardia, société spécialisée dans la gestion de crise informationnelle et la lutte contre la désinformation.
TRIBUNE: TikTok, souveraineté informationnelle et guerre cognitive : ce que révèle la stratégie américaine
Analyse de la décision américaine concernant TikTok et des enjeux de souveraineté informationnelle. Une lecture stratégique pour l’Europe face aux risques de guerre cognitive et de désinformation. Cette analyse revient sur la décision des États-Unis de reprendre le contrôle de TikTok et interroge, au-delà du cas américain, les implications stratégiques pour la France et l’Europe en matière de souveraineté informationnelle.
TikTok : un enjeu d’infrastructure, pas seulement de contenu
La décision américaine de restructurer TikTok autour d’une entité distincte, majoritairement contrôlée par des intérêts nationaux, marque un tournant stratégique. Washington ne s’attaque pas uniquement aux effets visibles de la désinformation, mais à son support structurel : la plateforme elle-même, son algorithme et sa gouvernance. Dans un contexte de guerre informationnelle, les plateformes numériques ne sont plus de simples espaces d’expression. Elles constituent des infrastructures cognitives, capables d’influencer en profondeur les perceptions, émotions et croyances collectives.
De la désinformation à la guerre cognitive
Les opérations informationnelles contemporaines se distinguent par :
leur viralité,
leur charge émotionnelle,
leur capacité à fragmenter l’opinion publique.
L’enjeu n’est donc plus seulement de corriger des contenus trompeurs, mais de réduire la vulnérabilité structurelle des sociétés démocratiques face à ces dynamiques. C’est dans ce cadre que s’inscrit la notion de champ cognitif : l’espace dans lequel se forment les représentations collectives, condition essentielle de la cohésion nationale.$
Souveraineté informationnelle : la logique américaine
En ciblant TikTok, les États-Unis appliquent une logique déjà utilisée par la Chine depuis plusieurs décennies : celle du principe de réciprocité dans les secteurs jugés stratégiques.
L’objectif est clair :
maîtriser les infrastructures qui structurent le débat public,
réduire les dépendances critiques,
renforcer la capacité de contrôle démocratique.
Ce choix n’est pas une anomalie juridique, mais une adaptation pragmatique à un environnement informationnel devenu conflictuel.
L’Europe face à ses contradictions
En Europe, les plateformes étrangères opèrent librement tout en étant simplement régulées. Elles ne sont pas soumises à des exigences d’ancrage capitalistique ou de gouvernance locale comparables à celles imposées par la Chine ou désormais les États-Unis. Or, ce modèle – hérité d’un monde fondé sur le multilatéralisme et le libre-échange – montre aujourd’hui ses limites face :
aux ingérences informationnelles,
aux campagnes de manipulation de l’opinion,
à la multiplication d’opérations coordonnées, comme l’a montré récemment l’opération Portal Kombat identifiée par Viginum.
Vers une souveraineté informationnelle européenne
Les recommandations formulées en France – limitation de l’accès des mineurs, vérification de l’identité, encadrement du temps de connexion – constituent des avancées nécessaires. Mais elles ne sauraient suffire sans une réflexion plus large sur :
la structure capitalistique des plateformes,
leur gouvernance,
et la capacité réelle des États à en contrôler les leviers critiques.
Dans la guerre cognitive, renoncer à la maîtrise des infrastructures revient à accepter que d’autres écrivent, à notre place, le récit collectif de l’avenir.
Aymeric Granet est le président d’Angardia, société spécialisée dans la gestion de crise informationnelle et la lutte contre la désinformation.
Faire-part de naissance : Angardia
5 JUIN 2015
A l’initiative d’Aymeric Granet, ancien directeur général de Publicis Consultants (2019-2022) et d’Alberto Tatone, fondateur de sa société de conseil Tatone et Cie en 2008, le cabinet de conseil en communication stratégique Angardia vient de se créer. La nouvelle structure entend concrètement combiner l’expertise du conseil stratégique avec les capacités technologiques d’exploitation de la data collectée via un outil propriétaire, avec pour ligne de mire « permettre à ses clients de comprendre, de modéliser et d’agir sur les dynamiques informationnelles, pour renforcer leur impact dans le débat public et protéger leur image », selon un communiqué. Angardia se dit également en mesure de proposer ses expertises en communication corporate, affaires publiques et gestion de crise.
Par Thierry Wojciak
26 MAI 2025
LE CABINET ANGARDIA SE LANCE SUR LE MARCHÉ DE LA COMUNICATION STRATÉGIQUE
Fondé par Aymeric Granet (ex-directeur général de Publicis Consultants) et Alberto Tatone (ex-Interpol), le cabinet Angardia se lance sur le marché de la communication stratégique. Dans un contexte marqué par la fragmentation des sources d’informations, la part croissante des algorithmes dans la construction de l’opinion et la montée des phénomènes de désinformation, les entreprises et les institutions se retrouvent en première ligne. Dans cette optique, Angardia, entend combiner l’expertise du conseil stratégique aux capacités technologiques d’exploitation de la data, avec pour objectif de permettre à ses clients de renforcer leur impact dans le débat public et de protéger leur image. La data, collectée en temps réel via un outil propriétaire, est issue des médias, réseaux sociaux, sphères politiques, publiques et académiques.
Par Sorlin Chanel